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Les activités physiques et sportives adaptées Imprimer Envoyer

Je suis éducateur sportif au centre de vie PASSERAILE.

Je mets en place des activités physiques adaptées 

Je pars des besoins de chaque résidant, et je réfléchis aux situations. Je les confronte à des situations qui nous paraissent simples, mais qui ne le sont pas pour eux.

Concernant l’atelier autonomie fauteuil, nous mettons en place un circuit chronométré. Dans un premier temps, les résidants évoluent dans l’espace. J’aime voir comment ils appréhendent les différentes contraintes. Pour le slalom, par exemple, certaines personnes ne vont pas aborder l’obstacle de la même manière que nous, nous pourrions le faire : aller à droite puis à gauche… Certains vont aller tout droit afin de contourner l’ensemble.

En sport collectif, l’approche du but, d’un obstacle ou d’un adversaire, entraîne la mise en place d’une stratégie qui varie selon les capacités cognitives du pratiquant. Contourner, passer par-dessus, donner la balle à un partenaire ? Ce n’est pas une évidence pour tout le monde. Je tiens à ne pas leur donner la solution tout de suite. Je les guide, je les amène vers… Je leur pose des questions pour qu’ils réfléchissent sur la situation. J’essaye d’adapter une pédagogie à chaque résidant. Nous sommes face à un public très hétérogène, c’est la raison pour laquelle il me faut avoir une approche de l’activité très différente avec chacun.

Concernant l’activité torball (à l’origine, sport pour les personnes déficientes visuelles), nous sommes six. Le ballon est sonore et chacun des joueurs a les yeux bandés. Trois personnes dans chaque équipe défendant son but. Chacune d’entre-elle est sur un tapis qui lui sert de repères tactile puisque nous nous déplaçons à quatre pattes. L’objectif principal de cette activité est le développement sensitifs de chacun (auditif, toucher). En outre, il est impératif de canaliser don attention sur le jeu. Le silence est nécessaire pour connaître la position du ballon. Augustin qui parle beaucoup habituellement, on ne l’entend plus pendant le jeu ! Certains résidants ont tendance à réduire leurs mouvements, car ils ont peur de l’espace. Seulement, après quelques minutes de jeu, nous nous adaptons aux positions de chacun. Le plus souvent, je reste extérieur au jeu. J’ai tendance, si je participe au jeu, à me rajouter des handicaps (jouer sans les mains par exemple) pour me mettre une difficulté supplémentaire.

La boccia est une pétanque adaptée, qui peut se jouer à l’intérieur, avec des boules en tissu, remplies de sable. C’est un sport qui s’adapte à beaucoup de résidants ici. Il demande moins de capacités physiques que de nombreuses autres activités sportives. On a une gouttière qui permet aux personnes les moins autonomes de jouer. Teddy, par exemple, joue avec le regard. Il y a cette complicité entre nous : je me mets dos au jeu car je n’ai pas le droit de participer (ceci évite le risque d’influence), et il m’indique avec ces yeux où orienter la gouttière (à droite, à gauche, en haut en bas). On se rend compte des capacités cognitives de chacun selon les difficultés à assimiler une direction à un point de mire. Les résidants sont très doués ! Teddy n’a pas une capacité motrice importante mais compense par une analyse de jeu très fine afin de mettre en place une stratégie : le terrain, les pentes… Il n’a pas la parole, peu de possibilités physiques, et le voir jouer d’une telle manière, c’est très impressionnant. Ca donne une vraie dynamique au jeu. En effet, la compétition est importante pour chacun d’entre eux et le niveau qu’affiche Teddy est reconnu par les autres joueurs. Outre l’aspect sportif, Teddy est respecté par les autres au travers de cette activité et lui permet de trouver sa place au sein d’un groupe voire de Passeraile.

La sarbacane est elle aussi une activité qui s’ouvre à de nombreux résidants, qui nécessite des capacités respiratoires. On a besoin de souffle, et de précision visuelle, de concentration, et d’autonomie au niveau du bras pour diriger la sarbacane. Florent est par exemple très tremblant pendant le moment de concentration, puis stable au moment de viser. On travaille là-dessus. Teddy le pratique aussi. Il a besoin de mon aide : je me mets derrière lui, je tiens la sarbacane, je vise. On insiste sur le souffle ici. Je suis toujours dans le souci de l’adaptation, pour ne jamais les mettre en échec. J’essaie d’anticiper au maximum ces mises en échec, tout en leur faisant prendre conscience de leurs limites. Souvent, soit ils manquent de confiance en eux, soit ils ne se sentent aucune limite. Il faut faire attention de ne pas leur demander plus qu’ils ne peuvent faire. J’essaie d’évaluer le niveau de chacun, puis, étape par étape, tendre vers leur maximum. Je fais attention aussi à la reconnaissance des copains (les réflexions des uns des autres), et au regard du professionnel que je suis. Nous sommes fréquemment exposés à des situations où ils sont face à leurs limites.

En ce qui concerne le groupe sensori-moteur, nous sommes en prise en charge individuelle (un professionnel pour un résidant). Cet atelier est fait sous la conduite de la kiné, avec les  ergothérapeutes, et moi-même. C’est une activité qui s’ouvre aux résidants les moins autonomes. Nous tentons de mettre en place une interaction entre tous les résidants, de manière ludique en incluant un travail cognitif (ballon, jeu de kapla, cerceaux, plots et cerceaux de couleurs différentes). Parallèlement à cela, nous mettons en place un travail de réadaptation en effectuant des manœuvres de décontraction, étirements des adducteurs sur les rouleaux, apprentissage des transferts, retournements, reptation, quatre pattes… A la fin de l’atelier, nous faisons marcher les résidants qui en on les capacités.

Il y a un vrai échange entre résidant et professionnel. L’objectif de mes activités est de tendre vers des gestes qu’ils n’ont pas l’occasion d’effectuer régulièrement, et qui pourraient leur faciliter leur quotidien. Par exemple, en boccia, il s’agit de mettre la balle au niveau de la bouche, le même geste que porter la fourchette à la bouche. Lors de l’activité escrime, je leur fais toucher leur pied avec le fleuret, ou bien je leur demande d’amener la pointe du fleuret dans le bas du dos : peut-être pourront-ils accéder au geste de se laver au gant de toilette le pied, ou bien se brosser les cheveux avec le geste du bras en arrière. Ces gestes de rééducation sont très importants pour eux au quotidien.

J’appréhende les activités sportives comme une recherche de réponse à leurs besoins physiques et cognitifs.

GAETAN BRILLET